NORWID (C. K.)


NORWID (C. K.)
NORWID (C. K.)

Pour Norwid, la poésie est une activité essentiellement «sérieuse», aboutissement d’une longue chaîne de travaux qui, partis du simple et du populaire, aboutissent à l’héroïque et à l’universel. L’art acquiert une dignité nouvelle: «étendard sur la tour des travaux humains». Le poème est masque, allusion, allégorie, car la vérité du signe exige un effort de la part du lecteur. Fortement intellectualisée, la poésie ne cache pas ses prétentions didactiques, mais ce didactisme socratique est toujours invitation à déchiffrer un sens caché, imprévu.

Le génie de Norwid est surtout lyrique. Son œuvre méprisée et dispersée est redécouverte à la fin du XIXe siècle par Z. Przesmycki (Miriam); aujourd’hui elle est placée aux sommets de la littérature polonaise.

Norwid parle un langage étrangement actuel, ne fût-ce que par son imagerie rugueuse, son goût de l’ellipse et son refus absolu de la rhétorique.

La rançon de l’indépendance

Né à Laskawo-G face="EU Caron" ゥauchy, près de Varsovie, Cyprian Kamil Norwid, précocement orphelin, étudie la peinture et débute comme poète en 1840, se taillant une réputation parmi les cercles de la jeunesse patriote. En 1842, il part pour l’étranger, visite l’Allemagne et l’Italie où, tout en s’occupant de sculpture, il pénètre dans les milieux conservateurs de l’émigration polonaise. Épris de Marie Kalergis, il la suit à Berlin où il décide de se fixer définitivement à l’étranger. À Rome, il se lie avec le poète Z. Krasi ski. C’est à cette époque qu’il commence à élaborer un style personnel qui va étonner et déconcerter même ses amis. En 1849, il s’établit à Paris, gagne l’amitié de J. S face="EU Caron" ゥaowacki et de Chopin et se rapproche des cercles de gauche; en 1850, il écrit son premier grand poème de l’âge mûr: Promethidion . La pauvreté, l’incompréhension et les échecs sentimentaux l’incitent à partir pour New York en 1852. Tombé dans la misère la plus noire, il revient à Londres, puis à Paris en 1854. Vivant de ses dessins, il s’acharne à faire connaître ses idées et ses poèmes en publiant un recueil (1862), en donnant des conférences et discutant avec une critique de plus en plus froide à son endroit. De modestes succès ne peuvent contrebalancer les effets de la misère, de la maladie (phtisie, surdité), de la solitude sentimentale et d’un caractère extrêmement fier. Las de tant d’échecs, Norwid, presque entièrement oublié, s’enferme en 1877 dans un asile pour vétérans polonais où il travaille jusqu’à sa mort. Il est enterré au cimetière polonais de Montmorency; en 1888, son corps est jeté à la fosse commune.

La recherche du signe

Norwid se range lui-même dans une génération «surnuméraire». En effet, après l’échec de l’insurrection de 1830, presque tous les écrivains importants se retrouvent à l’étranger; c’est le règne du romantisme social, mystique et messianique de Mickiewicz, S face="EU Caron" ゥowacki et Krasi ski. Norwid, de vingt ans plus jeune, suit ses aînés car il lui est impossible de penser et d’écrire sous la terreur instaurée par Nicolas Ier: rester en Pologne serait se condamner à un provincialisme stérile. Cependant, il se trouve tout autant solitaire hors de son pays, étranger au monde bourgeois qui l’entoure et au romantisme de ses prédécesseurs qui régentent l’émigration polonaise. La solitude de Norwid a cependant une contrepartie: son indépendance et sa disponibilité intellectuelle. Inclassable, il ne peut être rapproché d’aucune des grandes familles poétiques de son temps. De formation romantique, il rejette la révolte métaphysique et l’individualisme exacerbé; admirant la tradition classique, il rêve d’une poésie de mesure et de vérité; mais ses propres poèmes, masqués, chargés d’allusions et souvent hermétiques, annoncent plutôt les techniques symbolistes. Cependant, Norwid n’a absolument rien de commun avec le Parnasse français.

Poète de la civilisation, Norwid ne cesse de réfléchir sur l’histoire, mais celle dont il voit les splendeurs lui semble pure illusion, comparée au «travail intérieur» effectué par l’humanité selon les desseins impénétrables de Dieu, mûrissement infini dont seul le poète sait déchiffrer les signes. Maudissant ceux qui veulent «enfermer l’église dans l’autel», Norwid est aussi inlassable dans sa dénonciation du pharisaïsme, que lorsqu’il exprime son horreur de la jungle capitaliste des métropoles, comme l’atteste son poème sur Londres, cité du mépris. Cependant, il ne se rapproche nullement du mouvement ouvrier ou révolutionnaire (bien qu’il se déclare républicain et que le socialisme ne l’effraie pas). La poésie de Norwid est essentiellement quête incessante de signes, signes moraux, intellectuels, politiques de la vérité cachée de l’histoire; et, aussi, recherche de la totalité, saisissable seulement dans la dialectique de l’«incomplet» et du «complémentaire» – dialectique dont l’origine hégélienne reste toujours discutée. Le désir de plénitude et l’obsession de la totalité s’expriment chez Norwid par les images du nœud, de la chaîne, du lien, de la voûte, tandis que la recherche du signe se traduit par son goût de l’aphorisme, du paradoxe, de la fausse étymologie et du détail symbolique, par des changements continuels de perspective et des manipulations syntaxiques. Toute beauté facile est bannie du lyrisme de Norwid qui s’exprime surtout par l’ironie, l’allusion et le «silence», l’ellipse, la suspension du sens – termes qui jouent chez lui un rôle double indiquant en même temps des traits de la réalité et des moyens de style. Il laisse une théorie du silence et du masque dans la poésie, insiste sur la réforme de la versification et introduit en polonais une sorte de vers libre. Son originalité et surtout l’identification de la réflexion intellectuelle et du lyrisme le plus personnel ne vont pas sans contrepartie: des scories subsistent dans cette œuvre qui, cependant, frappe et récompense constamment le lecteur.

Le génie de Norwid est surtout lyrique. Son chef-d’œuvre, Vade mecum (1865) ordonne cent poèmes en un «voyage intérieur» du poète, plein d’allusions à L’Odyssée , à Dante et, probablement, aux Fleurs du mal . Il s’essaye également aux poèmes épiques (Quidam , 1855; Assunta , 1870), satiriques (A Dorio ad Phrygium , 1871) ou didactiques; dans ces derniers apparaissent même de surprenantes beautés, mêlées parfois à des spéculations hermétiques ou à des passages d’une étonnante sécheresse. Norwid s’intéresse vivement au théâtre et, là aussi, son triomphe est posthume: aucune de ses pièces n’est montée de son vivant. Après des «Mystères» et des «Fantaisies» écrits dans sa jeunesse, il se tourne vers la comédie et vers le drame poétique et symbolique (L’Acteur , 1861; Dans les coulisses , 1869; La Bague d’une grande dame , 1872).

Encyclopédie Universelle. 2012.

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